Les pharmaciens mitaires coloniaux

La guerre de 7 ans de 1757 à 1763 puis la chute de l'Empire après Waterloo sonnent momentanément le glas des possessions françaises d'Outremer. Seules restent quelques territoires dont le plus grand est la Guyane.

Le service de santé de la Marine se voit alors confier la réorganisation sanitaire des territoires et il devient le Service de santé de la Marine et des Colonies.

Des conseils de santé composés de médecins et de pharmaciens créés aux colonies ont pour rôle de s'occuper de l'organisation et de la prospérité des colonies dans tous les domaines notamment l'amélioration des cultures et des méthodes de fabrication.

casque blancL'histoire des troupes de marine et celles des troupes coloniales s'entremèlent et les premiers pharmaciens coloniaux sont en fait des pharmaciens de Marine.
L'arrêté du 5 septembre 1827 stipule ainsi que les officiers serviront alternativement dans les ports et aux colonies.

En 1867, 32 pharmaciens servent dans les colonies mais ils ne sont plus que 24 en 1875.

En 1881, est créé un secrétariat d'état aux colonies rattaché au ministre de la Marine

Le décret du 7 janvier 1890 crée le Service de santé des colonies et pays de protectorat et il donne naissance au pharmacien colonial, plus spécifique. Ils sont alors au nombre de 34. Les pharmaciens du nouveau service de santé des colonies sont issus des pharmaciens de Marine.

En 1906 est créé l'Ecole d'application du service de santé des troupes coloniales au Pharo à Marseille.
Ainsi, les pharmaciens militaires, traditionnellement sortis de l’école de Bordeaux y seront formés durant 60 générations. Au total 314 pharmaciens, formés au Pharo (Marseille) dans le laboratoire en sous sol surnommé «la cave». Ils participèrent activement au soutien des forces armées coloniales et aux efforts sanitaires au bénéfice des populations que ce soit en Afrique ou en Asie.

Cette présence se traduisait par de très nombreux postes Outre-mer (34 en 1890, 135 en 1954) jusque dans les années 1990. Le rôle des pharmaciens coloniaux est initialement très large car ils participent à accroître les ressources locales en limitant la dépendance vis-à-vis de la métropole.

Les pharmaciens des colonies sont en charge de la création puis du suivi de la chaîne de ravitaillement de la métropole vers les infirmeries des postes militaires locaux.
Des produits très divers, sont soigneusement emballés puis acheminés par les moyens locaux, camions, chevaux, dos d'homme dans des conditions parfois très difficiles.pucelle

Ces pharmaciens se mobilisent aussi pour valoriser l’utilisation et la culture des plantes pharmaceutiques locales mais aussi celle des ressources alimentaires végétales ou animales et les ressources minières. Ils combattent les épidémies notamment la fièvre jaune au côté des médecins et nombreux sont ceux qui en périssent comme le montre la stèle de l’île de Gorée au Sénégal à la mémoire des médecins et pharmaciens morts de fièvre jaune en 1878 au Sénégal.

Parmi ces pharmaciens, il est faut évoquer le parcours original de certains d'entre eux :

Edouard François Armand Raoul (1845-1898)(Oudart JL). A sa sortie de l'Ecole de médecine et pharmacie navale de Brest, il débarque en Guadeloupe en 1866 où sevit une épidémie de choléra : il reçoit pour sa conduite et son dévouement un témoignage officiel de satisfaction.
Il sert ensuite dans de nombreux pays : Guyane, Tahiti, Réunion, Indochine, Madagascar, Formose. A sa demande, il est chargé d'une mission d'agronomie tropicale pour rechercher dans les colonies étrangères des plantes utiles à acclimater. Il fait ainsi un périple de deux ans dans l'Océan Indien et le Pacifique avec des serres afin de transporter les plantes d'ile en ile afin de les acclimater.
Il publie un livre sur "les fleurs sauvages et les bois précieux de la Nouvelle Zélande" et participe à l'exposition coloniale de 1889. Nommé professeur à l'Ecole coloniale, il est chargé du cours de production et de cultures tropicales.
En 1897, il accepte une nouvelle mission : récolter à Java et Sumatra des plants d'arbres à caoutchouc et à Gutta percha. terrassé par la dysenterie à Sumatra il s'éteint à 53 ans près de Brest en avril 1898.
Les plants d'hévéa qu'il avait confiés à son ami Edouard Heckel ancien pharmacien de marine seront après sa mort à l'origine des premières plantations de Yersin en Indochine.

Victor Liotard (1858-1916) qui participe sous les ordres de Gallieni à la pacification du Soudan, dresse une carte géologique et botanique de la Haute Guinée, réorganise la pharmacie à Libreville (Gabon), lance la construction du chemin de fer au Niger et devient successivement gouverneur du Dahomey, de la Nouvelle-Calédonie et de la Guinée.

Plus récemment Eugène Le Floch qui envoyé en Cameroun comme chef de la pharmacie et du laboratoire de l’hôpital de Yaoundé s’échappe pour rejoindre les Forces française libres et arrive à Alger et suit les troupes lors de la campagne de France dans l’HE 414.

Autre parcours exemplaire, celui de Félix Busson qui après avoir connu la guerre en 1940 et le cours du Pharo en 1941, part au Sénégal où il y édifie un laboratoire d’analyse moderne. Il s’intéresse à la biologie clinique des Africains et aux analyses bromatologiques des aliments locaux avant de retourner comme directeur du laboratoire au Pharo à Marseilles durant seize années et de continuer ses travaux sur la nutrition et la biochimie. Il devient un expert international reconnu par le CNRS, l’OMS et la FAO.

En 1928 est créé le poste de pharmacien général des troupes coloniales mais en 1942, le gouvernement de Vichy dissout le Service de santé des troupes coloniales.
L'arrêté du 15 avril 1958 transforme le Service de santé colonial en Service de santé d'Outre-mer qui devient plus tard celui des troupes de Marine.
Le corps des pharmaciens coloniaux disparaît en 1968 lors du regroupement en corps unique des pharmaciens du Service de santé

 

Références :

Acker P. De l’apothicaire du roy au pharmacien chimiste des armées. Ora edition. 1985.

Pluchon P. Histoire des médecins et pharmaciens de la marine et des colonies. Edition Privat. 1985

Oudart JL. Les pharmaciens coloniaux. Médecine tropicale. 2005, 65, (3), 263-272.

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