Dans les divisions actives

A l'hôpital

Les inspecteurs

 

 

 

Dans les divisions actives des corps d'armée

Le décret impérial du 14 fructidor an 13 (1 septembre 1805) attache un fourgon d'ambulance de premiers secours à la suite de chaque régiment. Au sein des ambulances régimentaires il n'y a pas de pharmacien présent mais ils sont responsables du conditionnement des coffres de médicaments.

Une ambulance est un ensemble médico-chirurgical porté dans des fourgons ou caissons capables de se déplacer rapidement soit dans le but de porter les premiers secours sur le champ de bataille pour les ambulances régimentaires soit dans celui d'installer un hôpital provisoire mais non équipé pour assurer des évacuations pour les ambulances divisionnaires.

Le décret du 14 février 1812 expose que chaque caisson destiné au régiment d'infanterie ou de cavalerie contient 2 matelas, 2 couvertures, 6 brancards, 200 kilos de linge à pansements, 1 caisse à amputation et un boîte à pharmacie.

Cette boîte à pharmacie est un coffre de chêne assez vieux pour que le bois ne travaille pas et pour éviter que l'humidité altère la conservation des médicaments. L'intérieur est revêtue d'un toile cirée fixée sur le bois. L'intérieur est séparé en cases garnies par des coussins et des goussets en serge ou en étoffe de laine, peu coûteuse et peu susceptible de contracter l'humidité. Les étiquettes collées sur les flacons et les enveloppes sont répétées à l'extérieur des cases sur un liseré cloué et collé sur bords afin de permettre une identification rapide.

Parmentier, dans une note du 8 vendémiaire an 14 (30 septembre 1805) contresigné par son collègue Heurteloup avait établi la nature et la quantité des médicaments composant cette caisse et il avait ajouté quelques précautions à prendre. Le même jour, Dejean Ministre Directeur de l'Administration de la guerre avait apposé son approbation en bas de cette note.

Les médicaments contenus dans le coffre étaient les suivent :

* l'agaric de chêne était utilisé pour lutter contre les hémorragies en favorisant la formation d'un caillot.
* le sulfate de cuivre était employé comme antiseptique
* la cire blanche servait d'excipient
* le colophane entrait dan la composition de'onguents et d'emplâtres
* l'alcool était utilisé comme désinfectant lors des pansements des plaies.
* l'acide acéteux servait peut-être d'antiseptique.
* la liqueur d'Hoffman était un anesthésique et un antispasmodique
* le laudanum, une macération d’opium, de safran et de girofle dans du vin de Malaga comme analgésique et anti diarrhéique.
* le fil blanc servait à la suture des plaies.

L'Empereur dans une lettre du 27 janvier 1812 en préparation de la campagne de Russie demande à Daru que le caisson d'ambulance des régiments contienne entre autre "un boîte de médicaments pesant 5 kilos".

 

Les pharmaciens dans les ambulances divisionnaires

Les articles 2 et 3 de l'Instruction Impériale du 14 février 1812 précisent la composition détaillée des ambulances divisionnaires qui doivent suivre les mouvements des corps d'armée et des quartiers généraux.

A chaque ambulance divisionnaire est affectée six caissons à quatre roues.

L'article 4 affecte 6 ambulances divisionnaires au grand Quartier général du 1er corps d'armée et un à chacun ders autre quartiers généraux. A chaque division d'ambulance est affecté une division d'Officiers de santé dont 3 pharmaciens un aide et deux sous-aides.

Le matériel est minutieusement prévu. Il comporte du mobilier, des objets de chirurgie, des denrées de premier secours et des médicaments.

Une demi-division de pharmacie et deux subdivisions sont prévues.

De plus il existe une réserve générale qui comprend pour la pharmacie 50 demi-divisions et 100 subdivisions plus 50 boîtes de pharmacie à l'usage des régiments.
La division de pharmacie est nécessaire au service d'un hôpital de 300 à 400 malades pendant 4 mois. La demi-division sert au traitement d'un effectif réduit de 150 à 200 malades

A l'hôpital

Ce sont les pharmaciens subalternes et surtout les sous-aides qui font la distribution des médicaments dans les salles d'hôpitaux et qui suivent la visite. Ce sont aussi eux qui sont au contact des malades ce qui explique en partie la forte proportion de décès par des maladies infectieuses dans leur classe.

la distribution se faisait, selon le règlement, avant 10h00 du matin. Le pharmacien sous-aide doit avoir fait le tour des salles avant 9h00. Là, avant la visite, il inscrit la date en tête de chacune des feuilles et ajoute une unité au nombre mis au premier jour sur les colonnes respectives de l"entrée à l'hôpital" et de "l'invasion de la maladie" ce qui permet au médecin ou au chirurgien de suivre l'évolution de la maladie. Le sous-aide fait à la hâte un relevé provisoire des prescriptions établies la veille et va à la pharmacie où les préparations sont alors effectuées.

Le sous-aide se rend de nouveau en salles et y fait la distribution. Celle-ci "se fera toujours le cahier à la main : chaque pharmacien verra prendre le médicament par le malade afin d'éviter les erreurs et d'expliquer aux officiers de santé en chef, pourquoi, en concert avec les chirurgiens de garde, ils auraient jugé à propos d'en suspendre l'administration, et le cas de refus de la part du malade son numéro sera noté et désigné à la prochaine visite" formulaire de 1804.

Le pharmacien suit la visite. A la fin, le médecin et le chirurgien en chef qui l'ont faite avec lui datent la cahier de leur main avant de signer et après l'avoir fait collationner devant eux par le pharmacien et le chirurgien qui l'auront suivie. Formulaire des hôpitaux militaires de 1804.

Les pharmaciens subalternes participent aussi à la recherche des approvisionnements en médicaments. Ainsi, Ange-Joseph-Louis Demarle trouve dans les ruines de Moscou un approvisionnement de drogues pour un service de trois mois.

Les témoignages sur les médicaments usuellement utilisés sont rares. Lamazurier dans la relation médicale de la campagne de Russie cite, parmi le médicaments employés dans les hôpitaux militaires de Wilna en juin 1802 : le quinquina, le camphre, les préparations ammoniacales, l'opium, les acides minéraux, l'eau de riz, les dissolutions gommeuses rendues toniques par l'addition des infusions aromatiques, de la teinture alcoolique de cannelle, le laudanum liquide de Sydenham.

Dans les hôpitaux de Moscou : le quinquina, le camphre, l'opium, l'ether sulfurique, la valériane, l'arnica, le kermes, la poudre de Dovers, les eaux gommeuses, les eaux de riz, la cachou, le simarouba, la cannelle et la thériaque.

Des témoignages originaux concernent la campagne de Saxe. Le médecin suppléant le médecin chef de la Grande Armée, Audouard, évoque les moyens thérapeutiques employés dans "la fièvre rémittente catarrhale adynamique" dans une lettre adressée à Coste et datée du 26 février 1813. "le traitement veut l'émétique, la simple observation pendant la première période et pour boisson les tisanes avec oximel simple ou l'eau de tamarin. Vers le 8ème jour, lorsqu'il y a des pétéchies j'ai employé avec succès les embrocations d'huile camphrée sur l'abdomen.
Dans la seconde période, on donne des potions dans lesquelles entrent l'ether et le laudanum auxquels dans les temps plus avancés on associe la thériaque et les eaux de cannelle soit simple, soit spiritueuse, la décoction de quinquina auxquelles on ajoute selon l'opportunité la serpentaire de Virginie, l'acétate d'ammoniaque.
Le camphre, l'alcool sulfuré ou le laudanum sont administrés par doses de 4 onces répétées plusieurs fois par jour, les vésicatoires aux jambes sont utilement employés dans les moments voisins des crises afin de provoquer ou de favoriser les sueurs et de dégager le cerveau, leur effet a été très sensible dans tous les cas où on les a mis en usage".

Parmi les témoignages intéressants, celui du Médecin Principal Bartoli qui retrace un aperçu de ce qui fait la situation des hôpitaux de Mayence entre le 1er novembre 1813 et le 1er mai 1814. Il aborde ainsi les traitements :

- typhus en phase d'invasion : "dés l'invasion l'administration de l'émétique, moyen toujours indiqué, produisait les meilleurs effets, le pouls se ranimait, des sueurs paraissaient et on continuait à soutenir les forces du malade par les boissons vineuses, le quinquina et les amers ; la maladie parcourait assez généralement sa période sans incidens forts grave et se terminait heureusement au 21 jours".

- typhus en phase d'état : "l'encombrement des hôpitaux s'opposait toujours à ce que l'on admit assez à temps les malades ; et, lorsqu'ils entraient, le mal était arrivé à un tel degré que le plus souvent on ne devait pas employer d'émétique ; il fallait avoir recours aussitôt aux antiseptiques les plus puissants et le plus recommandés. Ainsi, dans le typhus, le quinquina, la valériane, les teinture alcooliques de cannelle, de mélisse et les boissons vineuses et acides, le vin, l'ether, l'opium et ses différentes préparations, le camphre, l'acétate d'ammoniaque, administré à forte doses, unis à d'autres médicaments".

 

Les inspecteurs

 

 

Référence : Thèse de Oullieux Sylvie. "contribution à l'histoire de la pharmacie : les pharmaciens de la Grande Armée" université Claude Bernard Lyon I, 5 décembre 1986.

 

 

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