Les pharmaciens de la Grande Armée

Recrutement

Le recrutement subit essentiellement deux périodes critiques, la première pour la campagne d'Austerlitz et la seconde pour la campagne de Russie.

Larrey propose le 17 fructidor an 13 (1805) une solution pour compléter les effectifs de cadres pour subvenir aux besoins urgents du service de santé, pour avoir les médecins et les pharmaciens en nombre suffisant, à l'effet de compléter les cadres, approuvés par le ministre Directeur de l'Administration de la guerre, le soussigné a l'honneur de proposer à son Excellence les dispositions suivantes : "écrire une circulaire à MM les préfets du département pour qu'ils invitent les médecins, chirurgiens et pharmaciens de leur arrondissement qui auraient déjà servi et qui désireraient servir encore, à envoyer leurs noms, prénoms, âge, époque de leur entrée en service, de leur licenciement, avec indication des grades qu'ils auraient eu, des lieux ou des armées où ils auraient servi ; s'ils ont continué d'exercer dans les hôpitaux civils, soit autrement, s'ils exercent encore..."

pharma1803Les Officiers de santé retournés à la vie civile ne manifestent qu'un enthousiasme limité pour bénéficier d'une commission temporaire ; d'autant plus que les soldes proposées ne sont guère alléchantes. Globalement, le remplacement des cadres est réalisé par l'avancement des subalternes considérés les plus compétents.

Larrey confie ses inquiétude au sujet des pharmaciens dans une lettre en 1805. "Quant aux pharmaciens ce n'est ni dans les écoles, ni dans les hôpitaux civils qu'il faut aller les chercher... il a fallu à cet effet prendre des avis indirects chez les Maîtres de la capitale et il ne fallait pas moins que le zèle bien entendu du doyen de cette partie, de M. Parmentier premier pharmacien des armées et présentement l'un des inspecteurs Généraux du service de santé pour satisfaire aux besoins, à toutes les époques difficiles où l'on s'est retrouvé depuis 15 ans et plus. on pense donc qu'il serait indispensable de rappeler ici deux Inspecteurs Généraux où leurs lumières et leur expérience seraient infiniment plus utiles que partout ailleurs".

La réquisition est une pratique issue de la Révolution. Elle est presque abandonnée pour les sujets de nationalité française (sauf Michel Baldus, Antoine Barry, Nicolas Dumont et Antoine Sommerfogel). cependant, elle continue à fonctionner pour les pharmacien de nationalité étrangère.C'est essentiellement le système des commissions qui est en vigueur, il est basé sur la motivation ou au moins le volontariat.

En effet, l'article 152 de l'Instruction générale, ne prévoir aucune exemption de conscription pour les étudiants des Écoles et Facultés de médecine et pharmacie. Les jeunes gens de vingt ans doivent tirer un numéro au sort et s'il est désigné, il est enrôlé comme soldat. Ce tirage au sort explique que la forte majorité des élèves en pharmacie qui demandent à subir les examens d'entrée dans le service de santé le font avant 20 ans. en effet, ils préfèrent être dans l'armée comme pharmacien, Officier de santé, que comme simple soldat.

L'admission dans le service de santé fut inspiré en partie par le désir d'échapper à la conscription peut enviée par la bourgeoisie, mais il ne faut pour autant négliger l'élan patriotique dans ces périodes troublées et l'intérêt qu'à dut susciter la vie guerrière pour ces jeunes gens.

Il existe une population non négligeable de recrutés, environ un tiers, qui sont des jeunes gens libérés de la conscription car ils n'ont pas été tiré au sort mais qui deviennent pharmacien des armées de leur propre chef comme Emile Agée, Auguste Andrieux, Pierre Beaunier, Jacques Clevenot, Joseph Grimal, Jean Laboulbène, Victor Legendre ou Isidore Mallez. Cette action est tout à leur honneur car ils n'avaient aucune obligation de rentrer dans l'armée ce qui prouve l'élan patriotique et le dévouement de leur part.

Pour la campagne de 1805 où le recrutement avait été le plus difficile à organiser, les jeunes gens qui avaient suivis leurs études dans les écoles d'Instruction des armées en étaient sortis depuis la fermeture définitive en l'an 10 (1802) et étaient alors passés sous-aides dans les hôpitaux militaires. ces pharmaciens constituent une partie du contingent mais ne suffisent pas. Les années creuses où n'ont pas été formés d'élèves destinés à la carrière militaire par simple mesure d'économie, cet apport ce fait cruellement sentir.

Compétences

Du fait des conditions de recrutement décrites précédemment, ce sont de jeunes gens comptant en moyenne trois ans d'études qui sont admis dans les armées.

Dans une lettre du 28 floréal an 4 Parmentier avaient insisté sur le fait que les études pharmaceutiques au terme de la loi, doivent avoir été d'au moins d'une année, point essentiel qu'il faudra vérifier

Pour les hôpitaux militaires d'instruction, les élèves étaient admis après un examen où ils devaient faire la preuve des études premières qui conduisaient aux sciences physiques de quelques connaissances élémentaires dans l'art de guérir et de deux ans de service au moins dans les hôpitaux militaires. Ainsi, après trois ans d'étude dans les hôpitaux d'instruction, ils pouvaient être nommés sous-aides. Si les connaissances ne manques pas aux jeune recrues, l'expérience des hôpitaux des armées n'est pas suffisante. Ils sont jeunes et inexpérimentés mais globalement les pharma1794notes figurant dans certains dossiers font état des connaissances, du zèle et du dévouement des pharmaciens.

Admission

Les jeunes gens qui désirent être employés adressent leur demande au ministre Directeur de l'Administration de la guerre qui la transmet aux Inspecteurs Généraux. Pour la pharmacie militaire c'est, avant 1812 Parmentier qui décide seul.

Le candidat se présente alors à l'Inspection, ou, s'il habite en province chez le maire, afin de remplir sa fiche de candidature et de réponde aux questions écrites qui lui sont posées. Les inspecteurs inscrivent sur des listes les noms des admis et adressent les documents au bureau du personnel. C'est le Ministre qui commissionne, c'est-à-dire qui met en "activité" les pharmaciens car les Inspecteurs n'ont qu'un rôle consultatif. Fée qui fut nommé pharmacien-sous-aide à l'armée d'Espagne le 7 novembre 1809 note dans ses mémoires le récit amusant de cet examen telle était la pénurie dans laquelle on se trouvait pour recruter les Officiers de santé qu'on se dispensait d'exiger d'eux des examens. Il suffisait de répondre par écrit à des questions élémentaires et l'on été reçu. Appelé au ministère de la guerre pour remplir cette formalité; Il remplit également la copie d'un élève chirurgien qui fut reçu....

Quelques mesures sont prises pour éliminer les incapables ainsi le 23 mai 1812 une note est adressée aux Inspecteurs généraux émanant du bureau du personnel du ministère de la guerre pour leur faire connaître "qu'à l'avenir, l'aptitude d'un officier de santé a être employé dans un grade quelconque devra être reconnue après délibération des Inspecteurs généraux fixés au nombre de trois au moins, dont un au moins, sera nécessairement de la profession du candidat..."

Mobilisation

Lorsqu'il s'agit de la mobilisation, les pharmaciens reçoivent leur lettre de service soit au bureau du ministère de la guerre s'ils sont à Paris, soit à la mairie de leur commune. Ils signent alors un récépissé et partent pour la destination qui leur sont assignée. Ils sont obligés de suivre le trajet imposé par leur feuille de route qu'il leur faudra faire signer par les commissaires aux différentes étapes. A leur arrivée à leur poste, ils font signer leur extraits de revue aux commissaires aux guerres, puis se présentent à leur chef hiérarchique.

Avancement

En fonction des besoins fixés par l'Intendance, le Ministre invite les Inspecteurs généraux à donner leur avis puis il nomme les Officiers de santé au grade supérieur. Il arrive parfois que l'Intendant Général prenne cette décision à titre provisoire.

 

Référence :

Thèse de Oullieux Sylvie

Contribution à l'histoire de la pharmacie : les pharmaciens de la Grande; université Claude Bernard Lyon I, 5 décembre 1986.